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Il a fallu qu’un jour Dieu fasse l’homme !

“Cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira”
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Rue des Filles du Calvaire (5)
Le grand retour

Quelque part l’horloge s’est arrêtée. « L’homme nu » avait beau jeu tant que l’aiguille tournait, car à défaut d’habit, n’avait-il pas les mots ? Et que n’était sa douleur ? C’est maintenant qu’elle arrive, grande, alors que de sa chair il doit, muet, s’en déshabiller.
A bout de souffle et en queue de poisson, il m’a fallut terminer Le venin, mais tant pis ! le récit, me dis-je, n’en reflétera que mieux la réalité. Puis avec les deux manuscrits dans mes valises, me voila parti pour Paris. Une nouvelle expédition. Frau Weiss a pleuré. Je l’ai embrassée avant de la quitter.
Bien sûr, j’ai contacté Maryse qui, je ne sais par quel hasard, dispose d’une chambre toute prête en ma faveur.
Ma pauvre Maryse ! Mais elle ne m’attend pas à la gare, faut dire que le train arrive au petit matin. Avec mon chargement, je me rends à l’adresse qu’elle m’a communiquée : 6, rue des Filles-du-Calvaire, et là après un bref coup de fil, patiente devant la porte, assis sur mon gros magnétophone.
Elle ne tardera pas. Je retrouve Maryse comme on retrouve une soeur. C’est une eau de source qui traverse la plaine ; l’odeur des prés juste avant l’aurore.
Ce qui me hante, ce qui me mord, c’est l’effroi que doit lui inspirer mon aspect misérable d’homme fini, de loque sentant plutôt la mort qu’autre chose. Mais Maryse reste Maryse, en souriant elle m’ouvre la porte. Quel geste inoubliable !
Sous les toits, la petite chambre mansardée me fait l’effet d’un château. Tout y est véritablement prêt : le lit, le poêle qu’il suffit d’allumer, et dans le frigo se trouve de quoi manger. De plus, Maryse viendra me voir aussi souvent que possible.
Alors c’est trop. Devant elle, en un face à face soudain, à court de mot, de force, avec aussi en pensée la phrase mystérieuse tirée de mes dernières pages : « Je suis dans le ventre de Dieu », je ne retiens plus mes larmes.
Pour me consoler, Maryse dira simplement : « Guy ! », comme autrefois, ce qui me fera beaucoup de bien. Ensuite elle s’en ira.

« Terre au secours ! »


Le ciel de Paris n’a jamais été aussi lourd. La chambre, château ou pas, n’a jamais été aussi vide ; l’intérieur de mon coeur aussi désert, battu par je ne sais quel vent mauvais ! Maryse n’entend-elle pas le cri de la chambre vide ? Son coeur ne bat-il pas à ses oreilles ? En tout cas, passée l’heure des retrouvailles, jamais celle-ci ne m’a paru aussi lointaine. Pire, quand je sors, jamais les gens ne m’ont parus si lointains, si étrangers à mon état d’esprit, d’âme et de corps, à me demander de quelle planète suis-je tombé. Les années vécues à Paris me reviennent, mes grognements à la vue de la foule : « Ils sont morts ! » Jamais l’évidence ne m’a paru aussi forte. Les bras me tombent le long des hanches. Désormais je le sais : l’homme ne peut pas m’aider.
Tout tombe.
Par bonheur une dactylo à qui j’ai l’intention de remettre mes pages possède une guitare et me la prête (la mienne étant à Nuremberg). Et la chanson que je compose s’appelle : Terre au secours !  Comme d’habitude, je note la date : 27 octobre 1978. C’est ma trentième chanson. La dernière. Oui. 0h, si le mot « ciel » eut comporté deux syllabes, je crois que je l’aurais choisi plutôt que le mot « terre ». Mais voilà, c’est ainsi. D’ailleurs, rien de plus terre à terre que ma nouvelle situation, d’une réalité tellement implacable : devant mes yeux il y a un mur. Un mur impossible à contourner, à escalader ; un mur impossible à franchir par quelque moyen imaginable. Un vrai mur. Un mur qui marque la fin.
La pire des découvertes ! Savoir la mort est une chose, la voir en est une autre.
J’ai fini. Je suis arrivé.
Un automobiliste égaré sur une impasse a toujours la possibilité de faire demi-tour au bout. Mais moi non. Avec quelle force ? Mon réservoir est vide.

La longue marche

Pendant mon service militaire, on m’a désigné pour participer à un stage dans un Centre d’Entraînement Commando. Parmi les diverses épreuves au programme, nul doute que la plus difficile reste ce fameux raid de trois cents kilomètres. L’abandon n’est admis qu’en cas de défaillance physique majeure. Une école de courage car il faut aller jusqu’au bout.
Je me souviens de cette nuit fantastique où nous avons marché du crépuscule à l’aube. Quand est-ce que je me suis aperçu qu’il faisait jour ? Une odeur d’aubépine a rempli mes narines, ma tête, ranimant vivement mes pensées. Ce parfum, c’était tout mon pays natal. J’écarquillai les yeux : il faisait jour ! Nous n’étions pas dans la plaine de Vitry-les-Nogent, non, mais sur un chemin tout blanc d’aubépine, tout pimpant des éclats du printemps. Et nous étions tous là !
Arrivés dans un environnement de pins, chacun choisit son arbre. Moi je choisis le mien. Et tous, comme des robots privés soudainement d’énergie, nous nous laissâmes choir avec sac et fusil, pris aussitôt par un sommeil profond, tandis que là-haut montait le grand soleil.

De la mort a la vie


Exactement. Il suffirait de se coucher là, au pied de la table, au pied du lit, n’importe où, de fermer les yeux, de laisser aller. Je m’endormirais pour toujours.
Mes pensées sont folles, incommunicables. J’ai l’impression d’avoir marché, marché... D’une seconde à l’autre, je vais m’écrouler ; la terre sous mes pieds vacille. C’est terrible la terre qui s’en va de sous ses pieds. Un vertige continuel. Mes trente ans me pèsent autant que cent.
La feuille sur laquelle j’ai dressé une liste d’éditeurs ne me servira à rien. La vie n’a pas de sens ! C’est un cercle et on n’en sort pas. Rester à l’intérieur m’apparaît alors l’absurdité même. Pour quoi y faire ? Qu’est-ce que l’homme gagne à fabriquer tout ce qu’il fabrique ? L’argent ? Misère des misères ! Un jour, devant Johanna, j’ai mis le feu volontairement à un billet de banque, il en est resté un rien de cendre. La terre est un cendrier ; les hommes s’y consument, s’y éteignent. Et qu’en reste-t-il ?
La vie n’a pas de sens ! De découverte en découverte, celle-ci me précipite dans le désespoir le plus total.
Si auparavant j’avais été seul dans une chambre, une ville, un pays, maintenant me voilà seul dans l’univers. Sous mes pieds il me semble que la terre est vraiment partie.
C’est à ce stade qu’il se passe quelque chose en moi, autour de moi, mais je ne comprends pas. Aujourd’hui je sais que jamais, de toute éternité, jamais plus je n’aurai à souffrir ce moment là. Je me revois couché dans le lit, tel un mort, la couverture jusqu’au menton, et de soupirer : « Mon Dieu ! »
Et je me revois debout, les yeux écarquillés.
Quand est-ce que je me suis aperçu qu’il faisait jour ?
J’écarquille les yeux : DIEU ! C’est comme si je le voyais. Une clarté de ciel. A n’en point douter.
Je tombe littéralement des nues. Il y a un Dieu ! Si je m’attendais à une pareille révélation ! Tout se bouscule dans mon être ; tout s’illumine. En blocs, les pensées déferlent. Puisqu’il y a un Dieu, l’histoire de la croix, l’histoire de Jésus, tout cela est vrai !
Pendant des jours j’écarquille ainsi les yeux, muet d’étonnement.
Je me croyais arrivé et en fait voilà que tout commence. La fin marque le début. A la place du mur c’est maintenant une immense montagne qu’il importe bien sûr de gravir. Sur le moment, le découragement se fait ressentir. Dans mon état, comment vais-je parvenir au sommet ?
Mais cette montagne m’attire irrésistiblement, elle me remplit. Je sais qu’elle représente l’absolu, ce qu’il y a de plus vrai, de plus parfait, l’objet de mes recherches. Qu’il s’agisse du Dieu de la croix me sidère. Pourtant il s’agit bien du Dieu de la croix. Ma certitude me dépasse. Je n’y comprends rien, moi qui ai assez craché sur les choses sacrées, qui ai même assez clamé l’argument d’un certain Thomas : « Je ne crois que ce que je vois ! », me voila devant Dieu ! Je ne le vois pas avec mes yeux, mais Dieu est devant moi, et lui me voit. Quelle nouvelle !
Aucun choix ne s’impose plus, ce Dieu sera désormais mon Dieu.
Un bien-être nouveau m’anime. J’imagine le monde, la planète ronde, qui semble ignorer tout cela. Comment faire pour le dire ? Comment proclamer la grande nouvelle que Dieu existe ?
Dans ce même temps une information à la radio me comble d’enthousiasme : l’élection du pape Jean-Paul 2. Non que je m’intéresse à son habit, ni à sa maison, voici que cet homme annonce le Dieu que je viens précisément de rencontrer. L’oreille collée contre le transistor, je bous de joie. Il me semble n’avoir jamais entendu pareil témoignage. Cet homme parle de Jésus-Christ ! Tout mon corps en frémit.
Quoique l’histoire de la croix, l’histoire de Jésus me soit encore floue, je sais dans mon coeur qu’elle est vraie. Maintenant, personne ne pourra jamais plus me faire croire le contraire.

Je reviens au pays

Les jours passent vite. Maryse vient me voir assez régulièrement, s’assurant que je ne manque de rien. Je lui ai montré une photographie du tableau sur lequel on voit l’enfant aux cheveux d’or à demi agenouillé et en train de pleurer, mais le peu d'intérêt manifeste m’a fait comprendre que sa voie n’était pas la mienne, qu’au fond elle ne désirait pas m’emboîter le pas. Quoi faire ?
Mon secret va bientôt éclater, Maryse va l’entendre.
Pour l’heure un problème d’orientation me préoccupe. Cap sur Dieu, oui, mais comment réaliser cela concrètement ? Où aller ? Où trouver une Bible ?
Quatre petits papiers pliés sur lesquels j’ai inscrit quatre destinations possibles : Nuremberg, Paris, la Bretagne et la Haute-Marne.
Je pense fortement à Dieu car je ne sais pas encore prier, puis je tire au sort. Le sort me désigne la Haute-Marne, j’irai donc du côté de Vitry-les-Nogent, chez ma soeur.
Sitôt dit, sitôt fait. Mon séjour à Paris, rue des Filles-du-Calvaire, n’aura duré qu’à peine une saison.
(à suivre)

Ecrit par alberto, le Lundi 30 Janvier 2006, 08:59 dans la rubrique Rue des Filles du Calvaire (vécu, 6 pages).

Commentaires :

Anonyme
11-02-06 à 17:09

Lien croisé

ATHEOLOGIE & CREDOPATHIE : T'AS PAS 500 BALLES : "ce péché originel ? sinon vais finir par me poser des questions sur l'existence de dieu. :) Ecrit par : josé | 12 février 2006 John, je répète que tu ne sais pas ce qui sera demain (moi non plus). Si tu lis le récit dans lequel je raconte mon cheminement tu verras que je n'ai rien voulu à tout prix, et surtout pas la foi. http://alberto.joueb.com/news/206.shtml . Mais il est possible que Dieu se révèle sans que tu comprennes exactement ce processus, comme lorsque tu vois le soleil se lever, c'est ce qui s'est passé pour moi à la fin de mes investigations. "

 


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